Esthétique et histoire de l'art
19h

Programme des conférences d’esthétique et d’histoire de l’art
2012-2013
Jacqueline Lichtenstein
Mardi 4 décembre 2012
La couleur entre parole et silence
Dans une lettre, Rilke écrit à propos de Cézanne : « jamais n’était mieux apparu à quel point la peinture a lieu dans les couleurs, et qu’il faut les laisser seules afin qu’elles s’expliquent réciproquement. » La difficulté à parler de la couleur est un lieu commun du discours sur la peinture depuis l’antiquité. Telle Méduse, la couleur picturale a toujours été caractérisée par sa capacité à réduire au silence le spectateur ébloui par son éclat. Comment faire entendre avec des mots ce « vacarme de la couleur », pour reprendre une expression que Huysmans emploie à propos de Guillaumin ? Sans prétendre y répondre, nous voudrions dans cette conférence tenter d’éclairer les divers aspects de cette question qui hante aussi bien la réflexion philosophique sur l’art que la critique d’art.
Jacqueline Lichtenstein est Professeur des universités et responsable du Master Esthétique et philosophie de l’art à l’université de Paris-Sorbonne. Elle a enseigné plusieurs années aux Etats-Unis, notamment à l’université de Californie à Berkeley. Principales publications :
La couleur éloquente, La tache aveugle, La Peinture, Conférences de L’Académie Royale de Peinture et de sculpture, 10 vol.
Jean-Philippe Antoine
Mardi 22 janvier 2013
Le titre: "'Les images les plus importantes du 20e siècle': pour une éthique du regard"
Un petit résumé:
De récentes expositions consacrées à l'histoire de l'art allemand dans les années 30 ont redonné une actualité aux planches qui illustrent /L'Art et la Race, /l'ouvrage qui inspira les concepteurs de la sinistre exposition de l'"art dégénéré" à Munich en 1937. Le caractère choquant de ces planches ne résulte pas seulement de l'exposition des corps infirmes et malades que l'auteur compare aux "vices et monstruosités" de l'art moderne, mais aussi de la confusion qu'il entretient dans les relations entre peinture, photographie et réel. L'analyse de ces stratégies littéralement perverses du regard conserve en ce sens aujourd'hui valeur d'avertissement: bien regarder des images n'est pas simple affaire d'esthétique.
Jean-Philippe Antoine enseigne l’esthétique et la théorie de l’Art contemporain à l’Université Paris 8 (Saint-Denis Vincennes). Il a récemment publié La traversée du XXe siècle. Joseph Beuys, l’image et le souvenir, aux Editions du MAMCO/Presses du Réel, et participé à The Quilt and the Truck. Nancy Shaver (Publication Studio, 2011)
Jacques Morizot
Mardi 5 février 2013
/Quelle philosophie pour penser l’avant-garde ?/
Un trait récurrent et sans doute sous-estimé dans l’avant-garde picturale des années 10 est l’investissement spirituel considérable qu’on y trouve, en particulier chez les trois pionniers de l’abstraction, Malévitch, Kandinsky et Mondrian. Chacun d’eux a conjugué de manière originale une aventure de rupture formelle avec une adhésion à une pensée traditionnaliste d’orientation métaphysique et même ésotérique. Ce simple constat suffit à faire douter de la pertinence d’une lecture strictement formaliste mais il ne valide pas pour autant la décision de prendre au pied de la lettre les textes des artistes. Après avoir caractérisé le moment théorique que représente cet épisode, j’esquisserai plusieurs manières de l’interpréter en essayant de surmonter cette contradiction.
Jacques Morizot est agrégé de philosophie et professeur d’Université. Il a dirigé successivement le département d’Arts Plastiques de l’Université Paris 8 puis celui de philosophie de l’Université de Provence (Aix-Marseille 1). Spécialiste d'esthétique philosophique, de théorie de l'image et de la symbolisation. Publications récentes:
/Qu’est-ce qu’une image ?/Dictionnaire d’esthétique et de Philosophie de l’art/La philosophie de Nelson Goodman/ /Goodman: Formes de la symbolisation. Avant la philosophie de l'art/
Eric Michaud
Mardi 12 mars 2013 REPORTE AU JEUDI 4 AVRIL 2013
L’histoire de l’art entre race et nation.
(A propos du livre de W. Uhde, Picasso et la tradition française, 1928)
En 1928, le grand marchand, critique et historien Wilhelm Uhde publiait un petit livre qui fit parler de lui : Picasso et la tradition française. De même que l’arrivée du sang germanique des Francs avait jadis donné naissance au gothique, Picasso, disait Uhde, était venu féconder par son « esprit gothique » la « tradition française » qu’incarnait Georges Braque, engendrant le cubisme en Ile–de-France. La conférence montrera les origines de cette thèse et quelques unes de ses conséquences les plus remarquables.
Eric Michaud est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il a notamment publié La fin du salut par l'image (J. Chambon, 1992), Un art de l'éternité. L'image et le temps du national-socialisme (Gallimard, 1996), Fabriques de l'homme nouveau: de Léger à Mondrian (Carré, 1997), Histoire de l'art. Une discipline à ses frontières (Hazan, 2005) et achève un essai sur la racialisation de l'écriture de l'histoire de l'art depuis le 19e siècle.
Jean-Marie Schaeffer
Mardi 9 avril 2013
Titre de l'intervention:
L'expérience esthétique de la peinture: entre vision et regard
Résumé:
C'est en regardant le tableau que nous voyons le monde qu'il représente. Quel est le lien entre ce regard et la vison qu'il rend possible? Comment pouvons nous voir un monde alors que nous ne regardons qu'un ensemble de lignes et de taches disposées sur une surface plane? Première question.
Mais en général nous ne nous bornons pas à regarder à travers le tableau le monde qu'il représente. Au-delà de toute représentation, notre regard se laisse piéger par le tableau lui-même. Celui-ci capte notre attention, et ce faisant nous transporte à travers le monde représenté dans un autre univers : celui, purement mental, de l'oeuvre. Comment une représentation visuelle peut-elle nous entrainer ainsi au-delà d'elle-même? Deuxième question.
C'est la psychologie de la perception qui nous permet de répondre à la première question, et donc de mieux comprendre le mystère de la vision "pictoriale", si proche et si éloignée en même temps de la vision intramondaine. La deuxième question quant à elle, relève de l'esthétique philosophique, car elle porte en réalité sur ce qui fait la particularité de l'attention esthétique comparée à d'autres types d'attention au monde.
Jean-Marie Schaeffer est directeur d'études à l'EHESS (Paris) et directeur de recherche au CNRS. Il a publié, entre autres, Les célibataires de l'art. Pour une esthétique sans mythes ( Editions Gallimard, 1996), Pourquoi la fiction? (Editions du Seuil, 1999), La fin de l'exception humaine (Editions Gallimard, 2007) et, récemment, Petite écologie des études littéraires (Editions Thierry Marchaisse, 2010). A paraître: L'expérience esthétique (Editions Gallimard).