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Esthétique et histoire de l'art

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Programme des conférences d’esthétique et d’histoire de l’art
2011-2012


14 Novembre 2011, 19h
Jean-Marc Levy-Leblond
L'art et la science, rendez-vous manqués et brèves rencontres
 « Si la science veut se (re)faire culture, ce n’est pas en récupérant ou en arraisonnant la création artistique qu’elle y parviendra ; et si les arts veulent être en prise avec un monde dominé par la technoscience, ce ne sera pas en la plagiant ou en s’y inféodant. Le risque est permanent de voir la science et l’art tomber dans la servilité et l’histrionisme mutuel. Ainsi, la perspective d’une réunification œcuménique, des grandes retrouvailles de l’art et de la science, me paraît relever d’une nostalgie naïve plus que d’un projet informé, fut-il utopique. La pluralité des œuvres, la divergence des pratiques, sont à louer et à préserver. Les rapports entre arts et sciences relèvent non de la (con)fusion ou d’une “nouvelle alliance”, mais de la rencontre, voire de la confrontation.  »

Physicien (théoricien), épistémologue (expérimentateur) et “critique de science”.
Professeur émérite de l’université de Nice, a enseigné dans les départements de physique, de philosophie et de communication.
Directeur des collections scientifiques des éditions du Seuil, et de la revue Alliage (culture, science, technique).
Auteur de nombreux articles scientifiques spécialisés et d’ouvrages de recherche (principalement sur la théorie quantique et la théorie de la relativité), ainsi que de plusieurs essais sur les rapports entre science et société, en particulier du point de vue de la culture : L’esprit de sel (science, culture, politique), Seuil, 1984 ; Mettre la science en culture, ANAIS,1986 ; La pierre de touche (la science à l’épreuve…), Gallimard, 1996 ; Aux contraires (l’exercice de la pensée et la pratique de la science), Gallimard, 1996 ; Impasciences, Seuil, 2003 ; La science en mal de culture, Futuribles, 2004 ; La vitesse de l’ombre (Aux limites de la science), Seuil, 2006 ; De la matière, Seuil, 2006 ; La science (n’)e(s)t (pas) l’art, Hermann, 2010.

12 Décembre 2011,19h
Choghakate Kazarian,
Lucio Fontana : entre avant-garde et arrière-garde, une carrière au défi de la modernité


Lucio Fontana : entre avant-garde et arrière-garde, une carrière au défi de la modernité
Si son geste radical qui consiste à trouer (Buchi) ou à fendre (Tagli) la toile a été rapidement évalué comme un moment fondateur de la modernité au même titre que ses environnements (Ambienti spaziali), la majeure partie de sa carrière, précédant l'emblématique Manifiesto Blanco de 1946, celui de sculpteur en bronze ou terre cuite, formé à l'atelier paternel et répondant aux commandes, reste encore aujourd'hui problématique de même qu'une partie de son œuvre postérieure. Divers aspects de son œuvre contrecarrent le schéma idéal de la modernité, entre continuité d'une tradition héritée du XIXe siècle et profonde rupture avec celle-ci.

biographie :
Diplômée de l'Ecole du Louvre, de la Sorbonne (philosophie) et de l'Institut National du Patrimoine, Choghakate Kazarian est actuellement conservateur au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Son mémoire de fin d'étude portant sur l'oeuvre de Marcel Duchamp 50cc air de Paris a été publié dans la revue Retour d'y voir (Musée d'art moderne et contemporain de Genève).



30 janvier 2012, 19h
Joseph Mouton
Métaphore et réalisation chez F. Kafka

Le déclin de la métaphore est un thème rebattu de la modernité, non seulement dans l'esthétique littéraire, mais dans l'esthétique générale. En essayant de voir ce que signifie ce déclin pour Kafka, on méditera sur ce qu'il advient aux puissances de la représentation dans l'âge moderne et aujourd'hui même.

Joseph Mouton enseigne l’esthétique à la Villa Arson (Nice). Il a écrit des ouvrages de philosophie (Sois Artiste et Misère de Dieu chez Aubier-Flammarion), de poésie (Le Projet Sombr’ Héros chez VOIXéditions, L’Entraînement chez le Mot et le Reste, Delenda Ouest et Hannibal tragique suivi de Hannibal domestique aux Petits Matins).


13 février 2012, 19h
Jacinto Lageira,
Représentations contemporaines de l'Histoire : entre véridique et vraisemblable.


Depuis une trentaine d'années, les pratiques artistiques portant sur les diveses représentations des événements et des faits historiques tendent à rejoindre les problématiques rencontrées par les historiens. Les artistes ont volontairement brouillé les pistes qui permettent de discerner le véridique, le faux, le possible, le vraisemblable et ce qui est attesté, renforçant ainsi l'idée d'une « poétique de l'Histoire » que l'on peut résumer dans la formule de Paul Veyne : « L'Histoire est un roman, mais un roman vrai. » Il s'agira d'expliciter l'entrelacement de la poétique de l'art et de la poétique de l'Histoire, et de voir quelles sont les conséquences d'une éventuelle non discernabilité entre réalité et fiction.


Jacinto Lageira est professeur d’esthétique à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; critique d'art. Il a notamment publié L’image du monde dans le corps du texte (I, II), Bruxelles, La Lettre volée, 2003 ; L’esthétique traversée - Psychanalyse, sémiotique et phénoménologie à l’œuvre, La Lettre volée, 2007 ; La déréalisation du monde. Fiction et réalité en conflit, Paris, éditions Jacqueline Chambon, 2010 ; Cristallisations. Monographie sur Jean-Marc Bustamante, Arles, Actes Sud, 2011.

Il a collaboré récemment aux catalogues  James Coleman, Lisboa, Museu do Chiado/Museu Nacional de Arte Contemporânea, 2006 ; Julião Sarmento, Fundacíon Marcelo Botín, Santader (Espagne), 2006 ; Angela Detanico/Rafael Lain, Pavillon Brésilien de la Biennale de Venise, 2007 ; Claire Savoie, Musée de Rimouski, Québec, 2007.  Jordi Colomer, Galerie Nationale du Jeu de Paume, 2008 ; Claire Chevrier, Musée de Nantes, 2009 ; Joseph Kosuth, Ni apparence ni illusion, Musée du Louvre, 2010 ; Mais que a vida, Lisbonne, Centre Calouste Gulbenkian, 2010 ; Edgar Martins, La ligne volage, Paris, Centre Calouste Gulbenkian, 2010.
Il a également édité : Michael Snow, Des écrits, 1958-2005 (en collaboration avec Jean-Michel Bouhours), Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 2005 ; et une anthologie, Du mot à l'image & du son au mot (1897-2005), Marseille, éd. Le mot et le reste, 2006.

12 mars 2012, 19h
Roger Pouivet
Les œuvres d’art existent-elles ?

À la question de savoir si les œuvres d’art existent, la réponse semble évidemment positive, surtout lorsqu’elle est posée dans un musée, avec des œuvres d’art autour de nous. N’est-ce pas l’une de ces questions oiseuses dont les philosophes raffolent, et qui devrait plutôt les couvrir de ridicule ? Cependant, s’il n’y avait personne pour regarder un tableau comme une œuvre d’art, le serait-il encore ? Ne serait-ce pas plutôt un morceau de toile et de la peinture dessus. Est-ce alors notre regard qui fait de quelque chose une œuvre d’art ? Ce qui ferait dépendre l’existence des œuvres d’art de ce que nous pensons et voulons. Cette existence dépendrait aussi de tout un contexte qu’on appelle « le monde de l’art », sans lequel leur existence semble impossible. C’est la plaisanterie bien connue du visiteur d’un musée d’art contemporain qui accroche son vêtement sur ce qu’il croit être un porte-manteau… et qui est l’une des œuvres exposées. Plaisanterie béotienne par excellence, mais qui permet de saisir le problème. Les œuvres seraient alors des projections de nos esprits ; elles existent par l’attention que nous leur portons. Pourtant, la thèse qui sera défendue est différente. Même si leur existence dépend de la nôtre, les œuvres d’art sont réelles ; elles appartiennent à l’ameublement du monde. Cette thèse a une conséquence : les œuvres d’art ont une nature qui leur est propre et qui en font les œuvres qu’elles sont. Dès lors, il ne suffit certainement pas d’affirmer que quelque chose est une œuvre d’art pour qu’elle le devienne.

Roger Pouivet est Professeur de philosophie à l’Université de Nancy et Directeur du Laboratoire d’Histoire des Sciences et de Philosophie-Archives Poincaré (CNRS). Il a publié notamment, dans le domaine de la philosophie de l’art, Esthétique et Logique (Mardaga, 1996), Questions d’esthétique (PUF, 2000), Le réalisme esthétique (PUF, 2006), Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? (Vrin, 2007), Philosophie du rock (PUF, 2010), L’Ontologie de l’œuvre d’art (J. Chambon, 2000 ; Vrin, 2e ed. revue 2010). Il a aussi écrit plusieurs ouvrages dans le domaine de la philosophie de la religion, dont Qu’est-ce que croire ? (Vrin, 2006).




2 Avril, 2012, 19h
Nathalie Heinich
L’art contemporain comme paradigme


LE PARADIGME DE L'ART CONTEMPORAIN: STRUCTURE D'UNE REVOLUTION ARTISTIQUE
    Dans Pour en finir avec la querelle de l'art contemporain (1999), j'affirmais que l'art contemporain n'est pas seulement une période de l'histoire de l'art, mais un "genre" artistique à part entière, distinct tant du "genre" moderne que du "genre" classique. Je propose aujourd'hui d'aller un peu plus loin : il s'agit même d'un véritable "paradigme" artistique, c'est-à-dire un modèle structurant mais non perçu comme tel, ainsi que le définissait l'historien des sciences Thomas Kuhn à propos de la "structure des révolutions scientifiques". Pour s'en convaincre, il suffit de scruter, sans préjugés normatifs, non seulement les oeuvres elles-mêmes, mais aussi les modalités de leur reconnaissance, les problèmes de conservation, d'exposition, de circulation ou de restauration, l'économie, le droit, la pédagogie, ou encore la psychologie. Autrement dit, il suffit de faire de la sociologie.

Biographie

    Nathalie HEINICH est sociologue, directeur de recherches au CNRS. Outre de nombreux articles dans des revues scientifi-ques ou culturelles, elle a publié des ouvrages portant sur le statut d'artiste et la notion d'auteur (entre autres La Gloire de Van Gogh, Minuit, 1991 ; Du peintre à l’artiste, Minuit, 1993 ; Etre écrivain, La Découverte, 2000 ; L’Elite artiste, Gallimard, 2005) ; sur l'art contemporain (entre autres Le Triple jeu de l’art contemporain, Minuit, 1998) ; sur la question de l'identité (entre autres États de femme, Gallimard, 1996 ; L’Épreuve de la grandeur, La Découverte, 1999 ; Mères-filles, une relation à trois, Albin Michel, 2002, avec Caroline Eliacheff ; Les Ambivalences de l’émancipation féminine, Albin Michel, 2003) ; sur l'histoire de la sociologie (entre autres La Sociologie de Norbert Elias, La Découverte-Repères, 1997 ; Ce que l'art fait à la sociologie, Minuit, 1998 ; La Sociologie de l'art, La Découverte-Repères, 2001 ; La Sociologie à l’épreuve de l’art. Entretiens avec Julien Ténédos, Aux lieux d’être, 2006 [vol. 1], 2007 [vol. 2] ; Pourquoi Bourdieu, Gallimard, 2007 ; Le Bêtisier du sociologue, Klincksieck, 2009) ; sur les valeurs (La Fabrique du patrimoine, éd. Maison des Sciences de l’Homme, 2009 ; De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, Gallimard, 2012). Ses livres et ses articles ont été traduits en quinze langues.