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La Joconde aux clés

La Joconde aux clès, 1930
Huile sur toile
91 x 72 cm

Donation Nadia Léger et Georges Bauquier, 1969
Musée national Fernand Léger Inv. MNFL 98024

La Joconde aux clés est l'aboutissement de plusieurs années de travail consacrées par Léger  à dispenser les objets dessinés ou peints du support traditionnel. « J'ai pris l'objet, j'ai fait sauter la table,  j'ai mis cet objet dans l'air, sans perspective, sans support. J'ai dispersé mes objets dans l'espace et je les ai faits tenir entre eux en les faisant rayonner en avant sur la toile. Tout un jeu facile d'accords et de rythmes fait de couleurs de fond et de surface, de lignes conductrices, de distances et d'oppositions, quelquefois de rencontres insolites. » Lorsque Marcel Duchamp a crayonné moustache et barbiche sur l’image de la Joconde de Léonard de Vinci en l’affublant des lettres L.H.O.O.Q, il a conduit une remise en cause des critères esthétiques qui conduisent à la définition de ce qui est de l’art ou ce qui ne l’est pas. Cette Joconde moustachue est à l’origine de la remise en cause du statut de l’art au XXème siècle. Renouveler la peinture, moderniser le sujet sont des préoccupations essentielles pour Léger qui reprend à son compte une Joconde reconvertie au goût du jour : « j'avais fait sur une toile un trousseau de clés. ...Il me fallait quelque chose d' absolument contraire aux clés...qu'est-ce que je vois dans une vitrine? Une carte postale de la Joconde! J'ai compris tout de suite: c'est elle qui me fallait, qu'est-ce qui aurait pu contraster plus avec les clés? Comme ça j'ai mis sur ma toile la Joconde. Après j'ai ajouté aussi une boîte de sardines. Cela fait un contraste aigu/ C'est un tableau que je garde, je ne le vends pas. » Léger refuse la monotonie et les nuances. L’image défraîchie de la Joconde imprimée sur le calendrier ou sur une carte épinglée est équivalente aux clés, compas et tire-ligne, objets de son quotidien. A rapprocher la Joconde à des clés, ce collage intellectuel peut paraître surréaliste. Léger y fait certainement allusion, la charge symbolique de chaque motif est importante : la clé ouvre le paradis, elle donne le pouvoir, ouvre la voie initiatique. La Joconde de Léonard de Vinci est sans doute l’œuvre la plus connue au monde. Trésor universel, chef-d’œuvre, symbole suprême de l’expression artistique, la Joconde est une référence à la Renaissance, au génie de son créateur. L'image de la Joconde, idole déchue, banalisée sur de nombreux objets publicitaires, chromos de bazar, souvenirs d'une visite au Louvre, est bien plus intéressante pour Léger : Mona Lisa reproduite sur le calendrier rivalise aujourd'hui avec les objets industriels du monde moderne.  Le peintre distribue sur la toile judicieusement les rôles en plaçant au premier plan les clés, la forme abstraite reléguant la Joconde au second plan. Les lignes tracées à la règle ou au compas, le ruban curviligne, la boîte de sardines, les surfaces nettes et les flous picturaux amplifient les contrastes et vident La Joconde de son contenu.
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