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Un musée, un artiste

 

Un musée, un artiste

Genèse du Message Biblique

Le bâtiment

Le jardin

Biographie

Genèse du Message Biblique


Le Cantique des Cantiques IV , 1958
Huile sur papier marouflé sur toile
musée national Message Biblique Marc Chagall 

La découverte de la Terre Sainte

En 1930, Ambroise Vollard commande à Chagall, qui travaillait pour le grand marchand parisien à l’illustration des Fables de La Fontaine, un nouvel ouvrage. L’artiste choisit d’illustrer l’Ancien Testament et entreprend un voyage en Palestine. Il découvre, ébloui, bouleversé, la Terre Sainte, le lieu originel de toute l’aventure du peuple élu. Bouleversement aussi bien spirituel que plastique : l’intense lumière palestinienne dicte à Chagall les quarante gouaches qui seront à l’origine de son travail de graveur.

A son retour à Paris, l’artiste entreprend la réalisation des premières gravures à l’eau-forte qu’il retouche parfois à la pointe sèche. Soixante-six planches sont terminées en 1939 et tirées par l’imprimeur Potin. En 1952, les 39 dernières planches sont reprises chez Haasen. Teriade, qui a repris le fonds de Vollard, publie l’ouvrage enfin terminé en 1957. A travers les 105 planches qui constituent la suite de l’ouvrage, Chagall s’affirme comme un des maîtres du noir et du blanc, un des héritiers de Rembrandt. "Chaque planche pénètre le texte, fait corps avec l’événement, dans la tension du geste".
 

 

 
Chapelle du Calvaire

Parmi les neuf chapelles du Calvaire construites sur une colline de Vence, celle-ci est la dernière et la plus grande. C’est pour la décorer que Chagall imagina d’abord son Message Biblique
 

Un important travail préparatoire

Les gouaches et les gravures constituent de surcroît un véritable travail préparatoire au cycle monumental du Message biblique, long travail de maturation qui prendra sa forme définitive quand Chagall, de retour des Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale, retrouve la France et s’installe définitivement dans le Midi. Il vit désormais à Vence, avec Valentina Brodsky, épousée en 1952.

Le peintre y découvre les chapelles du Calvaire qui sont abandonnées.

Matisse vient de terminer la décoration de la Chapelle des Dominicaines de Vence. Picasso, quant à lui, a accroché les grands panneaux de La Guerre et la Paix dans la chapelle du château de Vallauris. Les trois "patriarches" de la peinture française oeuvrent en effet dans ce Midi si attirant par sa lumière. Chagall a lui aussi l’idée de restaurer la plus grande des chapelles du Calvaire, avec différents panneaux qui en couvriraient les murs. A partir de 1955, les dessins s’accumulent et l’artiste laisse parler son imagination au service d’un texte dont il connaît chaque ligne et qu’il illustre avec un souci du détail qui donne cependant toute la place à sa vision personnelle.
 


Abraham et les trois Anges, 1960-1966                                                                                                                         Huile sur toile                                                                                                                                                        musée national Message Biblique Marc Chagall                                                                                                                       

Les douze premières toiles

Chagall travaille en même temps à ce qu’on peut considérer comme la préface du Message Biblique, un "premier cycle biblique", Abraham et les trois anges (1940/50), Le Roi David (1950/51), Moïse recevant les Tables de la Loi (1950/52), La Traversée de la mer Rouge (1954/55), déposés par le Musée national d’art moderne au musée national Message Biblique Marc Chagall à Nice, Moïse brisant les Tables de la Loi (1955/56, musée Wallraf-Richartz, Cologne).

Les douze toiles du Message développent la suite de La Genèse et de l'Exode qui sont les cinq premiers livres de la Bible. La Genèse s'ouvre sur la Création du monde et de l'homme. Aux épisodes de la Chute et du Déluge qui châtient l'humanité malfaisante succède l'histoire des Patriarches, des ancêtres du peuple élu : Abraham, Isaac et Jacob auxquels Dieu promet "une postérité aussi nombreuse que les étoiles" et la Terre Sainte pour leurs descendants. L'Exode met en scène Moïse, le Prophète ("celui qui parle au nom de Dieu"). Après avoir délivré le peuple élu de l'esclavage, Moïse lui transmet le Décalogue, c'est à dire les dix paroles de Dieu et l'ensemble des coutumes religieuses et sociales qui en découlent.
 

 


Cantique des cantiques I , 1960
Huile sur papier marouflé sur toile                                                                                                                            musée national Message Biblique Marc Chagall

 

L’humain face au divin

Le Message de Chagall prend tout son sens par le choix des textes illustrés : l’artiste évacue le cosmique pour se concentrer sur l'humain. La Création, par exemple, commence avec celle de l'homme. Adam et Eve sont amoureusement enlacés au Paradis, et Moïse, abasourdi, tombe à genoux, avec un geste de surprise, devant le Buisson ardent.

Sur les tableaux, le temps est bousculé, les épisodes sont rapprochés autour du moment le plus significatif, celui du dialogue entre l'homme et la puissance divine : Noé, Abraham, Jacob sont à la fois des hommes soumis au doute, et les porteurs d'un Message qui les rapproche du Divin.

Dans ce climat fabuleux, les éléments iconographiques qui caractérisent l'œuvre du peintre sont particulièrement bienvenus. Personnages mi-hommes, mi-bêtes, oiseaux, poissons volants, hommes et femmes en lévitation, rouleaux de la Torah, étoiles de David, chandeliers à sept branches, soleil et lune, couples et maternités se côtoient dans un espace sans profondeur, articulé sur des constructions le plus souvent elliptiques et tourbillonnantes où se mêlent les éléments de la Création.

Le Cantique des Cantiques, dont le cycle complète le Message Biblique, est traité pour la première fois par Chagall, avec toute la sensualité et la musicalité du poème. Il en conserve le contenu sacré par la représentation de la ville sainte, Jérusalem, et la présence de David, le Roi-poète, maître des artistes et des créateurs.

Au cours de son travail, la vision de l’artiste a évolué : il souhaite désormais séparer son œuvre de tout contexte strictement religieux. C’est donc à l’Etat français qu’il fait don des tableaux achevés, qui font l’objet d’une exposition au Louvre l’année même de la donation (1966).

 

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