Accueil >Picasso > le musée > La Guerre et La Paix

La Guerre

et la Paix

C’est en 1952, dans son atelier du Fournas à Vallauris, que Picasso réalise une peinture - La Guerre et la Paix - de très grandes dimensions.
Traitant d’un sujet qui, quoique directement lié à cette époque d’après-guerre et aux nombreux appels internationaux pour la Paix dans le monde, cette oeuvre conserve une dimension indéniablement allégorique.
Précédée par quelque 300 dessins préparatoires réalisés au cours des mois précédents, elle nécessita de nombreux panneaux d’isorel qui furent dressés verticalement sur une structure de bois spécialement conçue.

La Guerre

La Guerre
La Guerre et la Paix
© Succession Picasso 2011
 Picasso commença par La Guerre. Un corbillard tiré par des chevaux de guerre, caparaçonnés et harnachés, est conduit par un être cornu, armé d’un coutelas ensanglanté.
Il porte sur le dos une sorte de hotte où sont entassés des crânes humains. D’autres personnages apparaissent en ombre chinoise dans le fond au centre du tableau.
Leur attitude est menaçante comme la première figure évoquée. Les trois chevaux qui tirent le catafalque instable et chaotique, foulent des pieds un livre ouvert, finissant le travail de destruction que les flammes qui le dévorent ont commencé de faire.
Le livre, ici piétiné, évoque le parti pris de toute dictature face à la culture, généralement considérée comme dangereuse et subversive.
Sur le même plan, deux mains peintes apparaissent dans une sorte de trou noir. Elles peuvent vouloir faire écho à celles trouvées sur la paroi de certaines grottes préhistoriques, notamment à celle de Lascaux, découverte alors depuis seulement quelques années.
En fort contraste avec les couleurs violentes qui environnent le sinistre attelage. le fond bleu où apparaît le combattant de la paix, est calme et apaisant, à l’instar de ce dernier.

Nu, muni d’une lance qui sert de support à la balance de la justice, il se protège d’un simple bouclier sur lequel l’artiste a dessiné une colombe, symbole bien connu de la paix.
L’homme semble affronter sans crainte les figures de sauvagerie qui se ruent vers lui.
Sur le bouclier blanc, comme en filigrane derrière la colombe, un portrait se donne à voir, d’une beauté toute sereine aussi.
C’est celui de la compagne de l’artiste, Françoise Gilot. A l’opposé, pratiquement à la même hauteur, une coupelle arrondie et blanche, laisse échapper d’étranges formes noires, munies de pinces ou de piquants.
Elles pourraient évoquer les recherches faites alors par les grandes puissances pour se doter de l’arme bactériologique.

La Paix

La paix
La Guerre et la Paix
© Succession Picasso 2011
Sur le mur en face, Picasso a peint La Paix. L’ensemble se lit de droite à gauche.
La première scène se compose de quatre personnages qui, dans un jardin aux couleurs tendres et reposantes, s’adonnent à des activités paisibles.
Une femme, tout en lisant, allaite son enfant, sous une treille abondante, un oursin solaire aux rayonnements abondants et colorés et un arbre aux fruits lumineux.
Au symbole riche et généreux de la maternité s’ajoute celui de la culture libératrice, mise à mal, nous l’avons vu, dans le panneau opposé.
Dans un vaste pan de couleur bleue qui occupe une grande partie du mur, cohabitent plusieurs scènes, toutes empreintes d’une joie exubérante.
Un cheval blanc tire une herse tenue par un enfant qui travaille ce champ bleu azur.
Le regard du petit laboureur est dirigé vers le groupe précédent et, autre image de fertilité, fait lien lui.
L’animal est ailé comme ceux qui figurent dans la mythologie grecque. Vivement appréciées par Picasso, la figure du Centaure, …apparaissent régulièrement dans les peintures de cette époque.
Le faune joueur de diaule que nous voyons dans l’oeuvre, à l’extrême gauche du panneau, est aussi souvent convoqué.
C’est au son de sa musique que dansent, au centre, les deux femmes nues.
Elles sont accompagnées dans leur évolution par deux autres enfants dont le jeu agile et léger ne cache pas une certaine espièglerie.
Les oiseaux dans le bocal et les poissons dans la cage évoquent le renversement amusé des éléments qui, dans ce cadre édénique enchanteur, ne sont ici nullement porteurs de malédictions.
Même la chouette – figure habituelle de la nuit noire et profonde – juchée sur la tête de l’enfant équilibriste, ne saurait tenir son rôle habituellement maléfique.
Elle trouve une sorte de pendant positif dans les formes de la grappe de raisin que l’autre enfant tient dans sa main gauche.
Enfin, autres indices intéressants, le petit sablier à l’extrémité du support blanc, en équilibre sur le doigt de la femme, relaie l’image du temps visible dans la spirale de la coquille sur laquelle est assis le musicien. Linéaire, précaire et limité, le temps des hommes, semble ainsi, en cette Joie de vivre communicative, s’inscrire dans l’éternité.

Les quatre

parties du monde

piv_4g_94CE51460
Les quatres parties du monde
© Succession Picasso 2011